Entre convention et construction – la raison pour laquelle la construction bois devrait être la « nouvelle tendance conventionnelle »

Durabilité / Construction sur plusieurs étages

Entre convention et construction – la raison pour laquelle la construction bois devrait être la « nouvelle tendance conventionnelle »

Jonas Hertig
Architecte chef de projet, Oxid Architektur GmbH | 18.03.2026

« Comme tout n’est vraiment pas faisable si l’on veut agir dans une direction donnée, c’est-à-dire développer une force d’attraction, on ne peut pas tout faire. Il s’agit de se limiter à une méthodologie bien précise. » Joseph Beuys lors d’une interview avec Hermann Schreiber, radio du Bade-Wurtemberg, 1980

Avec cette déclaration, l’artiste a non seulement exprimé une attitude envers la créativité, mais aussi une exigence sociale: chaque être humain a en lui la capacité de créer. Cette réflexion a fait naître à Kassel les « 7000 chênes », une oeuvre à caractère social qui a transformé le paysage urbain, le climat et la pensée collective. Un dialogue entre la pierre et le bois, symboles de stabilité et de croissance.

Les investisseurs sont également confrontés aujourd’hui à un choix qui dépasse largement l’aspect matériel : continuer à construire de manière « conventionnelle », donc avec des matériaux minéraux, envisager la construction bois ou opter pour un mode de construction hybride intermédiaire ?

Le bois reflète depuis longtemps plus qu’une simple position idéologique. Cette matière première renouvelable s’est imposée sur le plan économique. Nous présentons aux investisseurs des arguments solides en matière de rentabilité : si l’on prend en considération les coûts de construction et ceux du cycle de vie, la construction bois est aujourd’hui clairement compétitive, en particulier dans la construction de logements des segments de prix bas et moyens. Pour les bureaux et les bâtiments administratifs, elle présente des avantages en termes d’efficacité : la préfabrication, la planification et la rapidité font la différence. Les grandes portées et des systèmes bien conçus permettent de faire des économies d’échelle mesurables. La construction bois n’est plus une solution alternative, mais devient de plus en plus la norme. Il faut considérer différemment ce qui était jusqu’à présent conventionnel.

Construire de façon conventionnelle signifie en règle générale coffrer, armer, couler – béton, ciment, mortier. Un système éprouvé qui continue de dominer dans la construction de logements à grande échelle. Grâce à des recettes à teneur réduite en ciment, par exemple avec des cendres volantes comme additif, son bilan écologique s’améliore et répond également aux critères de labels exigeants tels que le SNBS.

Même si nous privilégions, en tant que concepteurs, la construction bois, il est réaliste d’utiliser le béton pour certains projets. Il convient, dans de tels cas, de mettre en avant des solutions adéquates, aussi dans la construction minérale. Cela représente des défis par rapport aux normes européennes : alors que les plafonds sont plus minces (18 cm) dans nombre de pays voisins, des plafonds de 20 cm sont encore souvent de règle en Suisse. Les exigences plus restrictives en matière de protection incendie ont souvent un effet limitatif. S’il est question de béton, ce dernier devrait être planifié selon les principes d’efficacité les plus élevés. Les logements les plus anciens et les plus confortables des hommes étaient en bois. La construction bois n’est pas une tendance éphémère, mais l’expression d’une tradition du bâtiment profondément ancrée en nous. Comparé aux matériaux minéraux, le bois est nettement plus léger – avec une charge au sol réduite jusqu’à 30 %. Ce qui est défini d’un côté comme « lourd » est perçu de l’autre comme « léger ».

Les préjugés d’autrefois relatifs à la construction bois – surtout en matière d’acoustique, de protection incendie et de rapidité d’exécution – sont aujourd’hui dépassés. Sa réalisation est comparable à celle des constructions traditionnelles en panneaux. Les systèmes hybrides combinent le savoir-faire des charpentiers, des maçons payés au rendement et des ferrailleurs. Ils réunissent ainsi les atouts des deux univers. Des limites sur le plan technique subsistent, évidemment, lorsqu’il s’agit de structures de grande envergure. Mais celles-ci évoluent rapidement avec un marché en pleine croissance. Le gain de temps que permettent la préfabrication et l’accélération des processus de construction est encore souvent sous-estimé dans la pratique.

Un bâtiment en bois soigneusement planifié n’est pas simplement un pendant du béton. C’est un mode de pensée. Une méthodologie qui allie des principes écologiques, économiques et sociaux. Ou, comme disait Joseph Beuys : « Ni montage, ni démontage mais les deux à la fois, en interdépendance. »

Photos: D&R. Dürr